Guerre de basse intensitée au Chiapas: terrorisme d'état et paramilitaires
Par effraie le jeudi 22 mars 2007, 18:33 - Lien permanent
Mexique - COMMUNIQUE de PRESSE
France Amérique Latine (FAL) et Comité de Solidarité avec les Peuples
du Chiapas en Lutte (CSPCL)
Dès novembre dernier, un certains nombre d'organisations et
associations européennes qui suivent depuis longtemps l'évolution de
la situation au Chiapas, exprimaient leur préoccupation face à la
recrudescence des violences orchestrées par des groupes paramilitaires
contre des communautés indiennes au Chiapas. L'attaque perpétrée
contre la communauté de Viejo Velasco Suarez, qui a causé 4 morts et
plusieurs disparitions aurait du alerter sur l'urgente nécessité de
promouvoir par le dialogue une solution capable de désamorcer les
conflits dont l'origine principale réside dans une injuste politique
d'accès à la terre. Pourtant, en adoptant une attitude partiale et
indulgente à l'égard des agresseurs, les autorités ont démontré une
fois de plus avoir choisi leur camp.
Depuis lors, les attaques et les menaces d'expulsions concernant
parfois des communautés entières se multiplient. Elles concernent
principalement des zones dans lesquelles, en l'absence de politiques
agraires, les terres ont été occupées par des paysans indiens au
moment du soulèvement zapatiste de 1994.
Durant toute cette période, les gouvernements successifs n'ont eu de
cesse de récupérer ces terres, en grande partie administrées par les
conseils de bon gouvernement qui fonctionnent au sein des communes
autonomes zapatistes. Toutes les stratégies utilisées pour en
reprendre le contrôle, qu'il s'agisse du redécoupage municipal, de la
distribution clientéliste de projets de développement, de la mise en
place de programmes de parcellisation des terres collectives ont eu
pour conséquence d'approfondir la division des communautés. Face à
l'échec des politiques institutionnelles, les autorités ont recours
aux groupes paramilitaires, qui n'hésitent pas à mettre à feu et à
sang les zones qu'ils espèrent pouvoir mettre sous leur coupe.
Masquant leur véritable nature sous divers sigles (MIRA, Chinchulines,
OPDDIC, UCIAF, Paz y Justicia, URCI, etc.) qui leur confèrent le
caractère légal d'organisations oeuvrant au développement
communautaire, certains de ces groupes bénéficient de subventions
gouvernementales, de protections de la part de personnalités
politiques dont ils servent les intérêts, lesquels en échange leur
garantissent l'impunité pour tous les méfaits et crimes commis.
L'activité des groupes paramilitaires qui s'est notablement accrue
depuis l'élection du nouveau gouvernement de l'Etat du Chiapas (qui a
suivi d'un mois les élections présidentielles en juillet dernier) va
de pair avec une augmentation de la présence de l'armée fédérale.
Depuis plusieurs mois, tant les communautés zapatistes que les groupes
d'observateurs présents dans la région ont signalé de nombreuses
incursions militaires, sous prétexte de combattre le narco trafic.
Plus récemment, les dénonciations concernant l'entraînement de groupes
paramilitaires à proximité des casernes par des membres des forces
armées se sont multipliées.
Connue depuis 1998 pour sa collusion avec les forces armées et son
implication dans divers conflits qui ont secoué la région d'Ocosingo
et Altamirano, l'OPDDIC a depuis quelques temps intensifié ses
activités belliqueuses et étendu son rayon d'activités à plusieurs
communautés intégrées aux différentes communes autonomes zapatistes de
la région. Depuis plusieurs semaines celles-ci n'ont cessé de dénoncer
les agressions et les actes d'intimidations de la part des membres de
l'OPDDIC: bétail lâché dans les champs cultivés ; agressions contre
des femmes revenant de chercher du bois de chauffe ; barrages pour
empêcher aux habitants de la communauté l'accès à leur parcelle et
irruption d'hommes armés dans les communautés afin de provoquer la
fuite des habitants…
En écho à l'offensive menée par l'OPDDIC, d'autres organisations
paramilitaires ont repris du service activement. Opérant
principalement dans la zone nord de l'état, l'URCI est une des
excroissances issues de la décomposition du groupe paramilitaire Paz y
Justicia, dont les faits d'armes au cours des 12 dernières années ont
causé massacres, assassinats et le déplacement de milliers de
personnes qui encore aujourd'hui n'ont pas toutes pu réintégrer leurs
communautés d'origine.
Encouragés par le climat d'impunité que leur laisse supposer le retour
au pouvoir de personnages acquis à leurs méthodes et forts du soutien
actif de l'armée présente sur place, les paramilitaires de la zone
nord font actuellement pression pour obtenir l'amnistie de plusieurs
dirigeants de Paz y Justicia emprisonnés pour avoir été reconnus
responsables de nombreux faits de violence.
Dans un passé récent, les menaces d'expulsion proférées contre les
communautés installées dans ou au bord de la réserve de Montes Azules
avaient amené les zapatistes à organiser la réinstallation de
plusieurs communautés plus près des territoires autonomes afin
d'assurer leur protection et d'éviter les affrontements.
Dans cette mesure la menace d'utiliser la force pour expulser les
bases d'appuis zapatistes des terres en conflit, lancée à la mi
novembre par Pedro Chulín Jiménez, dirigeant de l'OPDDIC et député
suppléant pour le PRI de la région d'Ocosingo, constitue un défi à
l'EZLN. Cette provocation ouverte vise en effet à déclencher une
situation de violence qui, rendant obsolète la loi pour le dialogue,
la conciliation et la paix digne au Chiapas adoptée en 1995 et garante
d'un fragile cessez le feu au Chiapas, pourrait inciter le
gouvernement à justifier une intervention de l'armée fédérale à des
fins de maintien de l'ordre.
Il apparaît aujourd'hui de plus en plus clairement que les agissements
des groupes paramilitaires s'inscrivent dans la continuité d'une
logique de guerre de basse intensité promue par les représentants de
puissants intérêts politiques et économiques.
Face à ces menaces, l'opinion publique internationale ne peut rester
sans réagir.
Nous dénonçons énergiquement cette logique qui privilégie délibérément
l'affrontement au détriment du dialogue comme solution au conflit et
la répression comme réponse aux aspirations légitimes des communautés
à l'autodétermination. Nous nous mobiliserons pour exprimer notre
solidarité avec les communautés menacées d'expulsion.
Conscients de la lourde implication des autorités mexicaines dans
l'instrumentalisation des groupes paramilitaires, nous les considérons
comme directement responsables des attaques visant à provoquer une
escalade de la violence et des conséquences tragiques qu'entraînerait
une intervention militaire au Chiapas.
France Amérique Latine (FAL) et Comité de Solidarité avec les Peuples
du Chiapas en Lutte (CSPCL),
Contacts : falnationale@franceameriquelatine.fr ou cspcl@altern.org
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